Ponctualité : ce que l'indicateur mesure, et ce qu'il laisse dehors
Un train supprimé n'est pas un train en retard. Un retard mesuré à l'arrivée n'est pas un retard vécu sur le quai. Les indicateurs de régularité disent la vérité, mais pas toute.
Chaque exploitant publie ses taux de régularité, et chaque usager a l'impression que ces chiffres décrivent une autre ligne que la sienne. Les deux peuvent avoir raison : tout dépend de ce que l'indicateur compte.
Trois conventions qui changent tout
Le seuil d'abord. Un train est réputé à l'heure s'il arrive avec moins de cinq minutes de retard sur les liaisons régionales, davantage sur les longues distances. Un retard de quatre minutes répété chaque jour n'apparaît nulle part.
Le point de mesure ensuite. La régularité s'apprécie généralement au terminus. Un train rattrapé en fin de parcours peut avoir été en retard sur toutes les gares intermédiaires et compter comme ponctuel.
Les suppressions enfin. Un train supprimé sort du calcul au lieu d'y entrer comme un retard infini. Une ligne qui supprime massivement peut donc afficher une régularité en hausse.
On paie 90 euros pour moisir sur le quai, et on nous explique que la ligne va bien.
Ce qu'il faudrait publier
Quatre indicateurs plus honnêtes
- Temps de trajet réellement subi, mesuré porte à porte sur un échantillon d'usagers.
- Taux de suppression publié à côté du taux de régularité, jamais séparément.
- Régularité par gare et non au seul terminus.
- Ponctualité en heure de pointe, distincte de la moyenne journalière qui la dilue.
La part de l'information
Le grief le plus fréquent dans les témoignages n'est pas le retard mais l'incertitude : ne pas savoir si le train arrive, s'il faut attendre ou partir. Une annonce exacte à cinq minutes près vaut mieux qu'une promesse démentie trois fois.
C'est le point où l'amélioration coûte le moins cher et rapporte le plus en satisfaction. Il figure pourtant rarement dans les objectifs contractuels des exploitants, qui portent sur les trains, pas sur ce qu'en sait le voyageur.
Usagers et service — écrire à la rédaction